Chapitre 1.
"Ne me suis pas... Je t'en supplie ne me suis pas Bill. Ne dis rien non plus, contente-toi juste de faire attention à ce que je vais te dire. Je sais que l'on s'est toujours dit que si l'un de nous devait partir, l'autre suivrait. Mais non Bill, je ne veux pas ! Tu entends je ne veux pas. Je sais aussi que tu aurais voulu un frère qui, quand il devrait quitter ce monde, ne ressemblerait pas à ce que je suis devenu ces deux dernières années. Une sorte de vieux pantin en bois tout abîmé. Je sais que si c'était pour me voir partir, tu aurais voulu que ce soit en tant que le Tom grand et fort qui ne recule devant rien, le Tom que tu as toujours connu. Mais la vie est moche Bill, oh que oui, elle est moche. Tu arrives, tu vas, tu viens, tu apprends, tu ris, tu pleures... Tout ça pourquoi ? Pour finir comme moi. Reste ici, continue à te battre, surveille maman, pour moi... Je suis cloué ici, dans un lit d'hôpital, enfermé entre quatre murs, qui sont laids, vraiment très laids. J'ai fait mon temps ici, ça fait deux ans que je traîne cette saleté derrière moi, comme un boulet dont les chaînes sont incassables. Ca fait deux ans que je vois le même paysage, deux ans que tu restes à mon chevet à attendre que j'aille mieux, mais non, mon état ne fait qu'empirer de jour en jour. N'espère plus rien Bill, les médecins me mentent et je le sais très bien, ce ne sont que des putains de charlatans qui espèrent donner de l'espoir aux gens. Je les ais entendus parler de moi l'autre jour aux infirmières, ça ne m'a rien fait, autant le dire de suite. A vingt ans, je me sens comme une personne de nonante-trois ans, te rends-tu comptes Bill ? Ce n'est pas effrayant non, c'est bien pire que ça. Je ne peux même plus marcher, on m'a condamné à être cloué dans un vieux lit, à sortir en chaise roulante. Mais tout ça je n'en veux plus, je peux rester en vie mais si c'est dans des circonstances pareilles, je préfère tout arrêter. Ne t'en prends à personne, c'est moi même qui ai pris cette décision, et comme tu es mon jumeau, je sais que tu ressens la souffrance que j'ai en moi... Tu sais Bill, tu es vraiment la personne la plus merveilleuse au monde, et non, je ne dis pas ça parce que tu es mon jumeau, je dis ça car c'est vrai.
Bill, je te l'ai déjà dit mais pas assez...
JE T'AIME,
Tom."
Une lettre de Tom, sa lettre, sa toute dernière. Celle dont je relis les plus de vingt lignes, tous ces mots formant des phrases, celle qui ne contient que deux noms dont le sien, celle que je tiens chaque soirs dans mes mains encore abîmées de son départ avant de m'endormir. Celle qui me rappelle aussi bien les bons moments que j'ai vécus avec lui que les mauvais dont le bruit sourd qui retentissait lorsque son c½ur s'était arrêté de battre. Celle qui me rappelle qu'il n'est plus là, avec moi. Qui peut vraiment s'imaginer combien de fois l'envie de le rejoindre ne m'a pas traversé l'esprit ? Personne. Non, personne sauf moi. Mais je lui ai fait une promesse, pour lui je la tiendrai. Un an après sa disparition, j'ai toujours une plaie au fond de moi, une plaie bien plus énorme que l'on ne peut l'imaginer. J'ai laissé tomber ma carrière pour lui, j'ai laissé tous nos fans en plan. Georg et Gustav on très bien compris, certaines personnes nous ont déjà oubliés tandis que d'autres sont encore là, à attendre dans l'espoir que nous revenions. Mais sans lui, c'est plus pareil. J'ai peut-être vingt et un an mais au fond j'ai toujours mon âme de gosse enfouie au fond de moi.
« - Toujours pensif hein ?
- Toujours. Je crois que je ne me ferai jamais à l'idée qu'il ne soit plus là.
- En même temps c'est normal Bill, c'est ton jumeau.
- Ouais... Il me manque c'est vraiment horrible.
- A nous aussi tu sais ! »
J'acquiesce un petit sourire. Aujourd'hui il est dur de me voir souriant. Les rares fois que l'on me voit comme cela c'est quand je penses à lui, ou que j'essaie de faire part de ma présence lors d'une conversation. Depuis qu'il n'est plus auprès de moi beaucoup de choses ont changées j'ai perdu la plus grande partie de mon âme. Mon c½ur quant à lui n'est quasi plus là, c'est trop vide sans lui. J'ai gardé toutes ses affaires et j'ai toujours sur moi la chaîne en or qu'il m'avait achetée pour nos dix huit ans. Il l'avait payée une fortune, mais disait que ça ne lui faisait rien car c'était pour moi. Mon frère était le plus formidable que l'on puisse avoir. J'aurais pourtant pensé qu'il y aurait une simple lueur d'espoir pour que l'on puisse le guérir mais malgré l'évolution de la médecine aujourd'hui, rien n'y a fait. J'ai très bien compris son geste de vouloir tout abandonner car je ressentais sa souffrance. Chaque jours, je reçois des centaines de lettres de fans qui me disent qu'ils attendent que l'on revienne, qu'ils sont là pour me soutenir et pourtant ce soutien je ne le perçoit pas. La vie est bien trop dure, oui beaucoup trop dure. Je ne m'imaginais pas un jour perdre mon jumeau aussi jeune, pas une seconde. Si un jour je viens à offrir mon c½ur à quelqu'un, il faudra que cette personne comprenne que j'ai besoin de moments de solitude quelque fois. Et il sera de mon devoir, d'expliquer à mes enfants que j'avais un frère aussi fabuleux. En attendant, je remercie malgré tout le ciel de m'avoir laissé entre les mains de personnes telles que Gustav et Georg, qui me soutiennent à tout moment...
Ma vie ne vient certainement pas du ciel, j'aurais aimé que l'on reparle nous deux, de nos vieux souvenirs. Comme la fois où Georg avait voulu préparer des pâtes mais qu'au final on avait du manger des pizzas à réchauffer au four car il avait tout fait cramer. On avait bien rigolé ce jour là mais maintenant quand j'y penses, ça ne me fait plus rire. Pourtant je voudrais tellement, pouvoir rire à n'importe quelles bêtises ou autre mais... Son absence est bien trop forte pour moi. Je vous dirai simplement, qu'a part ça, tout va bien, à part d'un frère je ne manque de rien. Je vis dans un autre monde, où je m'accroche, tous les jours. Je vis dans un monde où il est toujours là, un monde où les soucis ne sont pas présent. Un monde beaucoup trop parfait pour exister... Son épaule sur laquelle je trouvais du réconfort est trop loin de moi. Il est vrai que chaque soirs avant de m'endormir je relis sa lettre, tout ça en lui parlant. Oui, à presque chaque phrases je m'arrête pour faire un commentaire. C'est ça, allez-y, prenez moi pour un fou, rigolez, vous ne devez sûrement pas savoir ce que c'est que de perdre la moitié de son âme. Non vous ne savez pas, vous ne réagiriez pas comme cela si c'était le cas, vous me comprendriez. Mes hivers sont glacials malgré que je sois toujours à l'intérieur. Ce n'est pas un simple frère qu'il me manque, c'est mon corps et mon esprit tout entier qui ont disparus.